{"id":4299,"date":"2014-09-01T00:00:13","date_gmt":"2014-08-31T22:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/?p=4299"},"modified":"2017-11-07T11:45:29","modified_gmt":"2017-11-07T10:45:29","slug":"marie-line-nicol-flying-black-cow-utopia-club","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/?p=4299&lang=fr","title":{"rendered":"Marie-Line Nicol : Flying Black Cow Utopia Club"},"content":{"rendered":"<div class=\"ligne1\"><strong>Texte de Marie-Line Nicol sur les expostions, Flying Black Cow Utopia Club (volets 1 &#038; 2).<\/strong><br \/>\nGalerie du Dourven, Tr\u00e9drez-Locqu\u00e9meau, France.<br \/>\n2014.<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">\n<a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-01\/\"><em>Flying Black Cow Utopia Club<\/em> (volet 1)<\/a> avec Herv\u00e9 Beurel, Marie-Claire Blanschong, Robert Fleck, Michel Fran\u00e7ois, Guillaume Janot, Alastair MacLennan, Enzo Mari, du 5 avril au 1er juin 2014,<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-volet-02\/\"><em>Flying Black Cow Utopia Club<\/em> (volet 2)<\/a> avec Herv\u00e9 Beurel, Norbert B\u00e9zard, Fran\u00e7ois Curlet, Christelle Familiari, Francesco Finizio, Michel Fran\u00e7ois, Nicolas H\u00e9risson, Jo\u00ebl Hubaut, Anabelle Hulaut, Guillaume Janot, David Liaudet, Enzo Mari, Federica Peyrolo, Paul Pouvreau, Gerrit Ritveld, Christophe Terlinden, 21 juin au 5 novembre 2014, galerie du Dourven, Tr\u00e9drez-Locqu\u00e9meau.<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<figure id=\"attachment_4084\" aria-describedby=\"caption-attachment-4084\" style=\"width: 1000px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/089_2014_montage_expo_clarke_volet_1_im_dourven-1.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"667\" class=\"size-full wp-image-4084\" srcset=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/089_2014_montage_expo_clarke_volet_1_im_dourven-1.jpg 1000w, http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/089_2014_montage_expo_clarke_volet_1_im_dourven-1-330x220.jpg 330w, http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/089_2014_montage_expo_clarke_volet_1_im_dourven-1-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4084\" class=\"wp-caption-text\">Didier Lamand\u00e9 et David Michael Clarke devant l&rsquo;arbre rouge. Wooden Tree. Flying Black Cow Utopia Club. Galerie du Dourven. 2014.<\/figcaption><\/figure>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">\n<p>Pour David Michael Clarke, le d\u00e9sir d&rsquo;art est partout. Il active le potentiel artistique de tout objet, image ou situation; il lie tout avec tout, d\u00e9tourne, arrange, s\u2019approprie, multiplie et croise les registres culturels. Artiste britannique, install\u00e9 en France, DMC est un rapprocheur d&rsquo;images et affectionne les glissements de sens entre la culture de son pays d\u2019origine et celle de son pays d\u2019accueil; l&rsquo;attention aux mots est souvent l&rsquo;amorce des projets, tel <em>Post Gods<\/em>, qui, \u00e0 partir d&rsquo;inscriptions remarqu\u00e9es en Su\u00e8de, aboutit \u00e0 un groupe de rock. L&rsquo;artiste y incarne le chanteur et construit au fur et \u00e0 mesure les repr\u00e9sentations propres \u00e0 un groupe de rock: nom, choix des musiciens, logo, concert, objets. De m\u00eame, <em>Flying Black Cow Utopia Club<\/em> a comme origine la rencontre de son int\u00e9r\u00eat pour le projet de Le Corbusier pour le village de Piac\u00e9 dans la Sarthe, notamment son id\u00e9e de club, et de son exclamation, surpris par une repr\u00e9sentation d&rsquo;une t\u00eate vache accroch\u00e9e \u00e0 une potence par des paysans: \u00abUn jour, en traversant la Mayenne, j&rsquo;ai crois\u00e9 une manifestation; une usine avait pollu\u00e9 le bocage. Les paysans ont exprim\u00e9 leur malheur d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s sculpturale. En r\u00e9action automatique, j&rsquo;ai prononc\u00e9 \u00e0 haute voix, \u00abWow ! Flying Black Cows!\u00bb et par la suite, \u00abFlying Black Cows &#8230; Ceci pourrait \u00eatre le nom de mon club!\u00bb (1).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re manifestation du <em>Flying Black Cow Club<\/em> a eu lieu dans le Tarn en 2012: \u00abJ&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les diff\u00e9rents pr\u00e9textes de rencontres post-travail qui existent dans le milieu rural en France. L&rsquo;ap\u00e9ritif et le jeu de p\u00e9tanque sont s\u00fbrement les plus populaires. (&#8230;) J&rsquo;ai essay\u00e9 de faire r\u00e9sonner toutes ces histoires qui sont venues \u00e0 ma port\u00e9e par les al\u00e9as de la vie\u00bb (1). Puis, en Bretagne, en 2013, une deuxi\u00e8me version, <em>The Flying Black Cow Cinema<\/em> a pris place au sein d&rsquo;une f\u00eate de cerfs volants (2). En 2014, au Dourven, gardant \u00e0 l&rsquo;esprit le projet de club de Le Corbusier pour Piac\u00e9, DMC identifie, des populations circulant dans le parc du centre d&rsquo;art mais qui n&rsquo;entrent pas dans le lieu d&rsquo;exposition: les mari\u00e9s, les p\u00eacheurs, les vacanciers \u00e0 la plage, les lapins, les promeneurs de chiens&#8230; Il pense alors \u00e0 des oeuvres qui pourraient concerner ces diff\u00e9rents groupes, des oeuvres en relation avec le lieu, des oeuvres de son r\u00e9pertoire r\u00e9activ\u00e9es, d\u2019autres emprunt\u00e9es ou command\u00e9es \u00e0 d\u2019autres artistes sur lesquelles parfois il interviendra (3).<\/p>\n<p>Se m\u00e9langent alors des r\u00e9f\u00e9rences artistiques conceptuelles \u00e0 des univers h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. La vie de l&rsquo;artiste s&rsquo;expose: sa formation et ses relations \u00e0 la th\u00e9orie artistique, ses rencontres, son d\u00e9sir de s&rsquo;associer \u00e0 d&rsquo;autres artistes (4), l&rsquo;amour (5)&#8230; La contamination de l&rsquo;art et du quotidien est le moteur de son processus artistique. D\u00e8s 2001, DMC d\u00e9clare: \u00abVoil\u00e0 un bon moment que je consid\u00e8re mon travail comme un processus de contamination. Je n&rsquo;aurais peut-\u00eatre pas employ\u00e9 ce terme autrefois. Mais c&rsquo;est exactement ce que je cherchais \u00e0 atteindre. Je savais qu&rsquo;il existait une relation entre mon ex-copine et Joseph Kosuth, parce que je me suis mis \u00e0 r\u00eavasser d&rsquo;elle durant un expos\u00e9 sur \u00ab\u00a0L&rsquo;Art apr\u00e8s la Philosophie\u00a0\u00bb, mais j&rsquo;\u00e9tais frustr\u00e9 car je ne pouvais l&rsquo;expliquer. Aujourd&rsquo;hui, la frustration a disparu ; pour autant je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 d&rsquo;explication. La frustration s&rsquo;en est all\u00e9e car j&rsquo;ai compris que je n&rsquo;ai pas besoin d&rsquo;explication. Tout ce que j&rsquo;ai \u00e0 faire, c&rsquo;est de c\u00e9l\u00e9brer cette relation. Mon travail prend place \u00e0 un moment o\u00f9 nous ne sommes pas \u00ab\u00a0nous-m\u00eames\u00a0\u00bb, un temps o\u00f9 nous agissons irrationnellement, o\u00f9 nous ne savons pas vraiment ce que nous faisons. Il me semble que je suis invariablement excit\u00e9 par la futilit\u00e9 de mes tentatives d&rsquo;apporter un semblant de logique dans une situation \u00e9motionnelle, et d&rsquo;apporter de l&rsquo;intuition dans de l&rsquo;intellectualit\u00e9. La futilit\u00e9 me remplit d&rsquo;optimisme\u00bb (4).<\/p>\n<p>Aucune pens\u00e9e ne s&rsquo;\u00e9labore seul. Au Dourven, l\u2019utopie (6) communautaire de DMC prend la forme d&rsquo;un club. \u00abL&rsquo;essence d&rsquo;un club est le groupe. C&rsquo;est l&rsquo;abandon de l&rsquo;isolement artistique. En tant qu&rsquo;artiste, on partage le projet avec d&rsquo;autres, ce qui permet \u00e0 certains al\u00e9as d&rsquo;entrer dans le processus. Ainsi le projet prend un aspect organique et devient une aventure vers l&rsquo;inconnu\u00bb (1). Rencontrer, associer, inviter, partager, sont des termes qui r\u00e9v\u00e8lent une attitude d\u2019\u00e9coute envers les autres. DMC appartient \u00e0 cette famille d&rsquo;artistes qui ont en commun de construire leur d\u00e9marche \u00e0 partir de l\u2019implication d&rsquo;un r\u00e9seau d\u2019interlocuteurs (7). Robert Filliou explicite ce type de positionnement artistique, marqu\u00e9 par l\u2019appartenance \u00e0 un ensemble, par <em>L\u2019Eternal network<\/em>. D\u00e8s 2001, cette posture l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 questionner certaines oeuvres telle l&rsquo;oeuvre de Gina Pane, <em>Situation id\u00e9ale : terre-artiste-ciel<\/em> (8) dat\u00e9e de 1969. Cette photographie de Gina Pane d\u00e9signe les modalit\u00e9s du visible et la question de l\u2019\u00eatre : les relations que nous avons avec l\u2019espace, le corps comme unit\u00e9 de mesure de l\u2019espace. Ce document photographique la montre les pieds pos\u00e9s sur une ligne d\u2019horizon s\u00e9parant l&rsquo;image en deux; mains dans les poches, regardant l&rsquo;objectif photographique, Gina Pane occupe une position verticale entre le ciel et la terre; la direction de son regard d\u00e9signe l&rsquo;objectif photographique. Certains critiques ont \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 son propos la notion d&rsquo;\u00e9nergie, la nature comme un milieu \u00e9nerg\u00e9tique incarn\u00e9e par <em>La Colonne sans fin<\/em> de Constantin Brancusi. Avec Gina Pane l\u2019origine de la vibration, la source d\u2019\u00e9nergie devient l\u2019artiste elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce qui interpelle DMC est le fait que cette photographie semble avoir \u00e9t\u00e9 prise en toute solitude. Or, apr\u00e8s exp\u00e9rimentation, il semble impossible de prendre cette photographie seul. Une oeuvre se pense et se fabrique accompagn\u00e9 d&rsquo;interlocuteurs, \u00e0 commencer par ceux qui nous sont les plus intimes. DMC r\u00e9alise <em>Situation id\u00e9ale: terre &#8211; artiste &#038; copine &#8211; ciel [apr\u00e8s Gina Pane]<\/em> (9) en 2001; \u00e0 son propos, il raconte comment se fabrique une oeuvre: \u00abLa premi\u00e8re journ\u00e9e de recherche s&rsquo;est pass\u00e9e avec la m\u00e8re et le fr\u00e8re d&rsquo;Anabelle dans le Val de Saire en Normandie, mais sans succ\u00e8s. Lors de la deuxi\u00e8me sortie, nous avons cherch\u00e9 dans le pays sud-ouest de Nantes. Cette fois, nous \u00e9tions accompagn\u00e9s par Emmanuelle Cherel et on a cherch\u00e9 pendant des heures et des heures mais encore sans trouver. La troisi\u00e8me fois, c&rsquo;\u00e9tait avec Abraham Poincheval \u00e0 l&rsquo;est de Nantes en direction d&rsquo;Angers. On a finalement trouv\u00e9 la &lsquo;situation id\u00e9ale&rsquo; pr\u00e8s d&rsquo;Ancenis, mais Abraham a rat\u00e9 la photo. On est alors retourn\u00e9 la semaine d&rsquo;apr\u00e8s avec un autre ami, Gaby Thibault, et cette fois l&rsquo;horizon \u00e9tait bien droit\u00bb (4). L&rsquo;oeuvre de DMC substitue \u00e0 la solitude de l&rsquo;artiste, la repr\u00e9sentation du couple et un ensemble de relations. \u00abIl y a quelque chose qui ne va pas au niveau de la s\u00e9paration entre l&rsquo;art et la vie. L&rsquo;autre chose est une question de contexte. A Glasgow School of Art, il y a un d\u00e9partement qui s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0Environmental Art\u00a0\u00bb, et sa devise est: \u00ab\u00a0le contexte est la moiti\u00e9 de l&rsquo;oeuvre.\u00a0\u00bb Pour moi le contexte de mes oeuvres est plus ou moins le contexte dans lequel je vis et le contexte dans lequel je vis comprend ma vie personnelle et ma vie publique. En bref, si la moiti\u00e9 de l&rsquo;oeuvre est le contexte, et si le contexte et la vie sont la m\u00eame chose alors la vie fait la moiti\u00e9 de l&rsquo;art. Je crois que c&rsquo;est pour cette raison-l\u00e0 que je m&rsquo;int\u00e9resse beaucoup \u00e0 l&rsquo;art qui &lsquo;r\u00e9-investit&rsquo; la vie\u00bb (4).<\/p>\n<p>L&rsquo;utopie d&rsquo;un club \u00e0 Piac\u00e9 dont Le Corbusier aurait con\u00e7u le b\u00e2timent est \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui aujourd&rsquo;hui d\u00e9veloppe de nombreuses exp\u00e9riences de micro-\u00e9conomies collaboratives. Au Dourven, DMC, sur ce mod\u00e8le, propose un club qui s&rsquo;appuie sur le principe de l&rsquo;invitation. Dans l\u2019histoire de l\u2019art, nombreux sont les artistes qui cr\u00e9\u00e8rent des structures collectives en tant qu\u2019oeuvre d\u2019art ou comme cadre de travail: de l\u2019action politique de Beuys \u00e0 la boutique <em>La C\u00e9dille qui sourit<\/em> de George Brecht et Robert Filliou, au restaurant anim\u00e9 \u00e0 New York par Gordon Matta-Clark, \u00e0 Fabrice Hyber \u00e0 Venise en 1997, \u00e0 Thomas Hirschhorn au palais de Tokyo \u00e0 Paris ce printemps&#8230; Improvisant \u00e0 partir d&rsquo;un contexte d\u00e9fini, DMC rapproche dans un m\u00eame espace une pluralit\u00e9 de processus ; les artistes invit\u00e9s, comme le feraient des musiciens, \u00ab\u00a0jouent\u00a0\u00bb ensemble une m\u00eame exposition. La logique ne se pense pas en termes d&#8217;emprunts ou citations mais en termes de rencontres.<\/p>\n<p>La perception de l&rsquo;exposition en d\u00e9coule. Les oeuvres, cr\u00e9\u00e9es, r\u00e9activ\u00e9es ou invit\u00e9es par DMC, rejou\u00e9es au sein de l&rsquo;exposition, produisent de nouveaux r\u00e9cits. Les cartons d&rsquo;invitation, sur le mod\u00e8le de pochettes d\u2019album de musique, et les affiches insistent sur cette conception de l&rsquo;artiste comme passeur d&rsquo;histoires ; ce r\u00f4le de l&rsquo;artiste se retrouve aujourd&rsquo;hui chez des artistes comme Philippe Pareno (10) ou Francis Al\u00ffs (11).<\/p>\n<p>La forme comme le temps de l&rsquo;exposition sont pens\u00e9s \u00e9galement selon la notion de rencontre (12) plut\u00f4t que de d\u00e9monstration. En avril 2014, DMC propose <em>Le Jeu de Quilles<\/em> (13); en mai 2014, une ballade \u00e0 v\u00e9lo et un go\u00fbter-concert (14). Le 21 juin, jour du vernissage de l&rsquo;exposition, il chante ses derni\u00e8res cr\u00e9ations musicales accompagn\u00e9 de deux de ses \u00e9tudiants. Pour DMC, \u00abla responsabilit\u00e9 de la cr\u00e9ation artistique est partag\u00e9e entre l&rsquo;artiste et le spectateur. C&rsquo;est comme \u00e7a qu\u2019un v\u00e9ritable sens se construit\u00bb (1). L\u2019artiste est un entremetteur de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p>Comment s&rsquo;op\u00e8re le choix des artistes invit\u00e9s? \u00abLes invitations ne tiennent pas compte des statuts des personnes invit\u00e9es: artistes, artisans, designer&#8230; Ce sont juste des gens qui ont fait quelque chose de leur vie d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre\u00bb (1). Ces artistes ont en commun le fait de cr\u00e9er sans se poser la question du statut de ce qui est r\u00e9alis\u00e9. Cette pratique de l&rsquo;invitation est ch\u00e8re \u00e0 Robert Filliou qui au <em>Bien Fait, Mal Fait ou Pas Fait<\/em> pr\u00e9f\u00e8re le <em>fait-avec-les-autres<\/em> qu\u2019il nomme les <em>Joint works<\/em>; telle l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re d&rsquo;Enzo Mari sur laquelle se juxtaposent, \u00e0 la demande de DMC, deux interpr\u00e9tations de l&rsquo;inventaire des objets pr\u00e9sents dans le Cabanon de Le Corbusier \u00e0 Roquebrune-Cap-Martin par Anabelle Hulaut (15) et Christelle Familiari (16). L&rsquo;univers d&rsquo;Anabelle Hulaut rassemble des objets qui induisent des narrations qui rebondissent d&rsquo;un objet \u00e0 l&rsquo;autre. Celui de Christelle Familiari a fait le choix de tout un r\u00e9pertoire de sculpteur.<\/p>\n<p>Cet ensemble pose la question de son statut: sculptures, objets d&rsquo;atelier, \u00e9tag\u00e8re ou oeuvre. S&rsquo;agit-il de l&rsquo;oeuvre de DMC ou bien s&rsquo;agit-il des oeuvres d&rsquo;Enzo Mari, d&rsquo;Anabelle Hulaut ou de Christelle Familiari? Le brouillage de la fronti\u00e8re entre art et non-art r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois la puissance du contexte sur le statut d\u2019un objet et la confusion des statuts de l\u2019artiste et de l\u2019artisan. Cette \u00e9quivocit\u00e9 statutaire comme le mode d&rsquo;existence des oeuvres pr\u00e9sentes dans l&rsquo;exposition convoque l&rsquo;oeuvre de Constantin Brancusi qui, d\u00e8s 1910, cr\u00e9e des oeuvres qu\u2019il nomme &lsquo;groupes mobiles&rsquo;; il signifie ainsi l\u2019importance du lien des oeuvres entre elles et les possibilit\u00e9s de mobilit\u00e9 de chacune au sein d&rsquo;un ensemble.<\/p>\n<p>L&rsquo;oeuvre \u00e9tant appr\u00e9hend\u00e9 \u00e0 travers le prisme du processus cr\u00e9atif qui est celui de la rencontre, la notion d&rsquo;auteur est donc construite par ce processus. Le spectateur doit int\u00e9grer \u00e0 la perception des oeuvres, le contexte qui les fait exister au sein de l&rsquo;exposition. La m\u00e9thode de contamination de DMC questionne la d\u00e9finition du m\u00e9tier d&rsquo;artiste, ses circonstances, co\u00efncidences et opportunit\u00e9s par les principes de collaboration, d&rsquo;invitation et de r\u00e9seau.<\/p>\n<p>DMC: \u00abQuel est alors le r\u00f4le de l&rsquo;artiste et de l\u2019institution? Peut-\u00eatre simplement de r\u00e9fl\u00e9chir au monde tel qu\u2019il est&#8230;\u00bb (4). L&rsquo;exploration des relations que l\u2019homme entretient avec l\u2019architecture est r\u00e9currente chez DMC. <em>Dalva Creek<\/em> (17), un anagramme de \u00abDave Clarke\u00bb, est une premi\u00e8re exp\u00e9rience num\u00e9rique prenant la forme d&rsquo;une ville et du rassemblement d&rsquo;artistes. En 2007, trois expositions intitul\u00e9es <em>L&rsquo;architecture et l&rsquo;humanit\u00e9<\/em> t\u00e9moignent \u00e9galement de cet int\u00e9r\u00eat (18). Depuis 2012, quel peut \u00eatre le sens de la reprise du projet de Le Corbusier? Pierre Huyghe associe \u00e0 ces reprises la notion de responsabilit\u00e9: \u00abLes choses se r\u00e9ifient tr\u00e8s vite en signes, jusqu&rsquo;\u00e0 arriver \u00e0 un laminage du sens. (&#8230;) Un individu intervient dans l\u2019espace social afin de r\u00e9parer ou d\u2019entretenir quelque chose (boucher un trou dans la chauss\u00e9e, arroser des plantes, etc.). Une photographie de ces actions nous est montr\u00e9e, sans commentaires. Ces actions isol\u00e9es nous donnent \u00e0 penser sur la nature de l\u2019espace public, qui dilue la<br \/>\nnotion de responsabilit\u00e9: s\u2019il y a un trou dans la chauss\u00e9e, pourquoi est-ce un employ\u00e9 de la mairie qui vient le reboucher et pas vous? Nous partageons un espace, mais celui-ci est g\u00e9r\u00e9 comme une entreprise. Le responsable est la personne qui engage de l\u2019argent dans une action, jamais ceux qui d\u00e9pendent ou vivent de cette action. Il en est de m\u00eame des oeuvres d\u2019art ou des films. Refilmer Hitchcock ou Pasolini, cela signifie se consid\u00e9rer responsable de leur oeuvre\u00bb (19).<\/p>\n<p>L&rsquo;association Piac\u00e9 le radieux poursuit le projet initi\u00e9 par Norbert B\u00e9zard: \u00abLe Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret, avec lequel il est associ\u00e9 pendant l\u2019entre-deux-guerres, con\u00e7oivent le projet de Ferme radieuse, puis celui de Village radieux \u00e0 la suite des sollicitations de Norbert B\u00e9zard, ouvrier agricole \u00e0 Piac\u00e9 dans la Sarthe\u00bb (20). Norbert B\u00e9zard (1896-1956) y exerce diverses professions \u2013 apiculteur, ouvrier agricole, ouvrier ma\u00e7on, puis ouvrier chez Renault \u00e0 Paris, avant de consacrer la fin de sa vie \u00e0 la c\u00e9ramique: \u00abLe \u00ab\u00a0Centre coop\u00e9ratif\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Village radieux\u00a0\u00bb, comme nous autres paysans l\u2019avons baptis\u00e9, n\u2019est pas une fantaisie \u00e9conomique et sociale, ou doctrinale. Il repr\u00e9sente un ordre architectural, du point de vue de l\u2019urbanisme rural; un ordre \u00e9conomique int\u00e9gral (son principe \u00e9tant la conjonction des efforts de tous en vue de la satisfaction des l\u00e9gitimes besoins de la communaut\u00e9 et des individus)\u00bb (20).<\/p>\n<p>L&rsquo;utopie architecturale voit dans l&rsquo;architecture un outil efficace de transformation de la r\u00e9alit\u00e9, une qu\u00eate d&rsquo;harmonie. En r\u00e9activant l&rsquo;utopie de Norbert B\u00e9zard et Le Corbusier, la question du bonheur semble \u00eatre le propos de la d\u00e9marche artistique de DMC; l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une exposition peut constituer une m\u00e9taphore pour une soci\u00e9t\u00e9. Pour DMC, pratiquer l&rsquo;art devrait constituer une mani\u00e8re de vivre en pr\u00e9servant son enthousiasme. S&rsquo;amuser en faisant de l&rsquo;art est une priorit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Marie-Line Nicol<\/strong><\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p>1 &#8211; Entretiens avec David Michael Clarke de 2012 \u00e0 2014.<br \/>\n2 &#8211; David Michael Clarke, <em>Flying Black Cow Cinema<\/em>, sculpture et <em>Le Dernier Envol<\/em>, vid\u00e9o, Festival <em>Vent de Gr\u00e8ve<\/em>, dimanche 6 octobre 2013, Saint Efflam.<br \/>\n3 &#8211; Pour une description des oeuvres voir le document de m\u00e9diation de la galerie du Dourven \u00e0 Tr\u00e9drez-Locqu\u00e9meau.<br \/>\n4 &#8211; Site de l&rsquo;artiste: En 1999, l&rsquo;association des artistes nantais <em>International Boutique<\/em> a fait quelques expositions ensemble en France, Italie et Danemark.<br \/>\n5 &#8211; Exposition &#8211; <em>Afterall [love is love as love]<\/em>, White Office, Tours, 2010.<br \/>\n6 &#8211; Henri Desroche, Joseph Gabel, Antoine Picon, \u00abUTOPIE\u00bb, Encyclop\u00e6dia Universalis [en ligne], consult\u00e9 le 31 juillet 2014. URL: <a href=\"http:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/utopie\">www.universalis.fr\/encyclopedie\/utopie<\/a>. \u00ab\u00c0 ce nom s&rsquo;attache une s\u00e9rie de paradoxes: Amaurote, la capitale de l&rsquo;\u00eele, est une ville fant\u00f4me; son fleuve, Anhydris, un fleuve sans eau ; son chef, Ademus, un prince sans peuple; ses habitants, les Alaopolites, des citoyens sans cit\u00e9 et leurs voisins, les Achor\u00e9ens, des habitants sans pays. Cette prestidigitation philologique a pour dessein avou\u00e9 d&rsquo;annoncer la plausibilit\u00e9 d&rsquo;un monde \u00e0 l&rsquo;envers et pour dessein latent de d\u00e9noncer la l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;un monde soi-disant \u00e0 l&rsquo;endroit.\u00bb<br \/>\n7 &#8211; C\u2019est dans ce sens que l\u2019on peut dire qu\u2019il est un artiste de la sur-modernit\u00e9 (Marc Aug\u00e9) c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019individu se fabrique un espace r\u00e9seau dans lequel il trouve les relations qui lui permettent d\u2019exister.<br \/>\n8 &#8211; Gina Pane, <em>Situation id\u00e9ale : terre-artiste-ciel<\/em>, Ecos, Eure, 1969, action in situ, coll. FNAC.<br \/>\n9 &#8211; David Michael Clarke, <em>Situation id\u00e9ale : terre &#8211; artiste &#038; copine &#8211; ciel [apr\u00e8s Gina Pane]<\/em> en 2001. C-type photographie contrecoll\u00e9e sur dibond, 50 x 75 cm, M\u00e9sanger, France.<br \/>\n10 &#8211; Philippe Parreno, \u00ab La repr\u00e9sentation en question \u00bb, interview par Philippe Vergne, <em>artpress<\/em> n\u00b0264, janvier 2001, p.24 : \u00ab Etudiant, j&rsquo;ai pass\u00e9 cinq ann\u00e9es \u00e0 regarder des livres. Et c&rsquo;\u00e9tait cette relation \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 l&rsquo;exposition qui me hantait et me hante encore. L&rsquo;objet ne m&rsquo;a jamais int\u00e9ress\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait moins la production d&rsquo;objets que leur insertion dans une histoire, dans un contexte qui m&rsquo;int\u00e9ressait. Ce qui fait qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, un objet, une image, appartiennent \u00e0 une histoire, c&rsquo;est leur exposition, leurs conditions d&rsquo;exposition. J&rsquo;ai appris cela de Buren\u00bb.<br \/>\n11 &#8211; Francis Al\u00ffs, <em>artpress<\/em> 369, p.60: \u00abComme les soci\u00e9t\u00e9s extr\u00eamement rationnelles de la Renaissance sentirent le besoin de cr\u00e9er des utopies, nous, \u00e0 notre \u00e9poque, devons cr\u00e9er des fables\u00bb.<br \/>\n12 &#8211; Le mur d&rsquo;Andr\u00e9 Breton de 1922 \u00e0 1966 serait le prototype d&rsquo;une telle forme d&rsquo;exposition : des rapprochements d&rsquo;objets qui entendent provoquer une lueur po\u00e9tique entre des cat\u00e9gories d&rsquo;objets, des lieux, des cultures. Ce mur \u00e9tait per\u00e7u \u00ab\u00a0comme un gigantesque champ magn\u00e9tique\u00a0\u00bb.<br \/>\n13 &#8211; <em>Le Jeu de quilles<\/em>, \u00e0 Saint-Gelven, dimanche 6 avril 2014, \u00e0 Saint Th\u00e9lo, dimanche 13 avril 2014, festival Objectif 373 Itin\u00e9raireBis.<br \/>\n14 &#8211; A Saint-Michel-en-gr\u00e8ve, <em>Flying Black Cow Club Electric Bike Ride &#038; Concert<\/em>, dimanche 18 mai 2014, dans le cadre de <em>Flying Black Cow Utopia Club (volet 1)<\/em>.<br \/>\n15 &#8211; Anabelle Hulaut, <em>Collection Sam Moore<\/em>, 2013-2014, objets divers et \u00e9tiquettes.<br \/>\n16 &#8211; Christelle Familiari, <em>Etag\u00e8re<\/em>, 2014, ensemble de porcelaines, sculptures s&rsquo;int\u00e9ressant aux mat\u00e9rialit\u00e9s et \u00e9tapes de travail.<br \/>\n17 &#8211; Les deux grands projets ont \u00e9t\u00e9: \u00abShell Museum\u00bb pour Laurent Tixador et \u00abSpazio Observatory\u00bb pour Davide Bertocchi.<br \/>\n18 &#8211; <em>Les banlieues br\u00fblent<\/em>, 2007, <em>Design for Life<\/em>, 2008, trois expositions intitul\u00e9es collectivement, <em>L&rsquo;architecture et l&rsquo;humanit\u00e9<\/em> dont le commissariat a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 Neal Beggs et David Michael Clarke par le FRAC des Pays de la Loire.<br \/>\n19 &#8211; Nicolas Bourriaud, \u00ab P. H. les relations en temps r\u00e9el\u00bb, <em>artpress<\/em> 219, d\u00e9c. 1996, p.48-52.<br \/>\n20 &#8211; Gilles Ragot, \u00ab La Ferme et le Village radieux de Le Corbusier. Nouvelle d\u00e9clinaison du principe d\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019individuel et le collectif \u00bb, <em>In Situ<\/em> [En ligne], 21 | 2013, mis en ligne le 17 juillet 2013, consult\u00e9 le 21 juillet 2014. URL: <a href=\"http:\/\/insitu.revues.org\/10445\">http:\/\/insitu.revues.org\/10445<\/a>; DOI: 10.4000\/insitu.10445. Voir le site d\u00e9di\u00e9 au projet de Le Corbusier pour Piac\u00e9: <a href=\"http:\/\/www.piaceleradieux.com\">www.piaceleradieux.com<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\"><strong>Voir aussi:<\/strong><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-01\/\">Flying Black Cow Utopia Club< (volet 1)<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-volet-02\/\">Flying Black Cow Utopia Club (volet 2)<\/a><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Liens:<\/strong><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.collectifr.fr\/chroniques\/flying-black-cow-utopia-club\">Les chroniques de Collectif R<\/a>\n<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Marie-Line Nicol sur les expostions, Flying Black Cow Utopia Club (volets 1 &#038; 2). 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