{"id":4314,"date":"2014-09-01T00:00:16","date_gmt":"2014-08-31T22:00:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/?p=4314"},"modified":"2017-11-08T08:24:24","modified_gmt":"2017-11-08T07:24:24","slug":"sandra-flouriot-dmc-the-serial-process","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/?p=4314&lang=fr","title":{"rendered":"Sandra Flouriot : DMC &#038; The Serial Process"},"content":{"rendered":"<div class=\"ligne1\"><strong>Texte de Sandra Flouriot sur les expostions, Flying Black Cow Utopia Club (volets 1 &amp; 2).<\/strong><br \/>\nGalerie du Dourven, Tr\u00e9drez-Locqu\u00e9meau, France.<br \/>\n2014.<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\"><a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-01\/\"><em>Flying Black Cow Utopia Club<\/em> (volet 1)<\/a> avec Herv\u00e9 Beurel, Marie-Claire Blanschong, Robert Fleck, Michel Fran\u00e7ois, Guillaume Janot, Alastair MacLennan, Enzo Mari, du 5 avril au 1er juin 2014,<a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-volet-02\/\"><em>Flying Black Cow Utopia Club<\/em> (volet 2)<\/a> avec Herv\u00e9 Beurel, Norbert B\u00e9zard, Fran\u00e7ois Curlet, Christelle Familiari, Francesco Finizio, Michel Fran\u00e7ois, Nicolas H\u00e9risson, Jo\u00ebl Hubaut, Anabelle Hulaut, Guillaume Janot, David Liaudet, Enzo Mari, Federica Peyrolo, Paul Pouvreau, Gerrit Ritveld, Christophe Terlinden, 21 juin au 5 novembre 2014, galerie du Dourven, Tr\u00e9drez-Locqu\u00e9meau.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<figure id=\"attachment_4316\" aria-describedby=\"caption-attachment-4316\" style=\"width: 1029px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FBCUC-V1-G2-Dock-0388.jpg\" alt=\"\" width=\"1029\" height=\"684\" class=\"size-full wp-image-4316\" srcset=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FBCUC-V1-G2-Dock-0388.jpg 1029w, http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FBCUC-V1-G2-Dock-0388-330x219.jpg 330w, http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FBCUC-V1-G2-Dock-0388-768x511.jpg 768w, http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/FBCUC-V1-G2-Dock-0388-1024x681.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 1029px) 100vw, 1029px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4316\" class=\"wp-caption-text\">Centre de documentation propos\u00e9 par David Michael Clarke, catalogues des artistes pr\u00e9sent\u00e9s et des auteurs cit\u00e9s. Vue de l&rsquo;exposition: Flying Black Cow Utopia Club. Gal\u00e9rie du Dourven. Tr\u00e9dez-Locqu\u00e9meau. 2014. Photo: Herv\u00e9 Beurel.<\/figcaption><\/figure>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">\n<p>David Michael Clarke est, au sens d\u2019Aristote, un animal politique [1]. La rencontre et les interactions sociales retiennent son attention au quotidien et sont par extension au coeur de son processus artistique. Pour le philosophe grec, l\u2019homme devient homme parmi les autres, en vivant dans une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gie par des lois et des coutumes. Il d\u00e9veloppe son potentiel et se r\u00e9alise dans un contexte social [2].<\/p>\n<p>Flying Black Cow Utopia Club s\u2019inscrit apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience Post Gods, qui est \u00e0 la fois une initiative individuelle de DMC et un travail de groupe qui engage des collaborateurs (musiciens, designers, \u00e9tudiants\u2026). C\u2019est la pr\u00e9sence d\u2019autres personnes au sein m\u00eame du processus qui a fait prendre au projet des destinations que David Michael Clarke n\u2019avait pas pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es. Cette dynamique propre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et \u00e0 ses modes de pens\u00e9e a activ\u00e9 le potentiel artistique de Post Gods.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de cette exp\u00e9rience collective, l\u2019artiste prend connaissance du projet de Village radieux imagin\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930 par Le Corbusier [3] \u00e0 Piac\u00e9, dans la Sarthe. L\u2019architecte avait choisi de rompre l\u2019isolement des agriculteurs par la cr\u00e9ation d\u2019un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la rencontre et \u00e0 la discussion. Ce b\u00e2timent, plac\u00e9 au coeur du village et d\u00e9nomm\u00e9 Le Club, devait devenir le cerveau du village. Un club, c\u2019est un peu comme une \u00abauberge espagnole\u00bb : tout le monde y trouve ce que chacun y apporte. C\u2019est \u00e9galement un \u00e9tat d\u2019esprit que l\u2019on partage lors des moments de f\u00eate et de convivialit\u00e9, des instants v\u00e9cus dont on garde le souvenir et qui nous permettent d\u2019exister individuellement et collectivement. Il constitue un espace social sp\u00e9cifique et, pourquoi pas, un nouveau territoire de l\u2019art pour David Michael Clarke.<\/p>\n<p>Lors de sa r\u00e9sidence chez Alice et Michel S\u00e9on dans le cadre d\u2019Afiac , en 2012, DMC exp\u00e9rimente une premi\u00e8re forme de club o\u00f9 la convivialit\u00e9 est de mise au moyen du jeu. Du point de vue des sciences humaines, le jeu est un \u00e9tat d\u2019esprit li\u00e9 \u00e0 une activit\u00e9 mentale, voire corporelle et parfois sociale. En tant que cr\u00e9ation humaine, il int\u00e8gre les ph\u00e9nom\u00e8nes culturels et les met en perspective des contextes dont il fait partie. Le jeu est une cr\u00e9ation humaine et une activit\u00e9 sociale : il n\u2019y a donc rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que Le Corbusier lui consacre des espaces dans son projet de Village radieux, ni \u00e0 ce que David Michael Clarke l\u2019investisse du point de vue artistique.<\/p>\n<p>\u00c0 Saint-Paul-Cap-de-Joux, le Flying Black Cow Bowling Club revisite et hybride des usages et des connaissances propres \u00e0 des groupes sociaux : la p\u00e9tanque m\u00e9ridionale, le jeu de quilles, la culture chinoise de l\u2019artiste et la culture agricole de ses h\u00f4tes. Le contexte de la r\u00e9sidence d\u2019artiste de DMC chez Alice et Michel d\u00e9finit les modalit\u00e9s d\u2019apparition des objets artistiques. David Michael Clarke investit le terrain de p\u00e9tanque pr\u00e9sent dans la ferme et se saisit du stock de vieux pneus pour lequel Alice d\u00e9veloppe un projet \u00e9cologique et politique. Il cr\u00e9e un jeu de quilles en bois de grande taille sur lequel il greffe des anneaux, en r\u00e9f\u00e9rence au syst\u00e8me de num\u00e9ration chinois, et installe \u00e0 proximit\u00e9 un v\u00e9ritable boulier constitu\u00e9 de pneus et de bambous g\u00e9ants. L\u2019activation de ces objets par les visiteurs et les joueurs s\u2019inscrit dans la rencontre et la convivialit\u00e9. Chacun s\u2019engage et partage alors ce qui l\u2019anime et le constitue. Pour chaque partie, les protagonistes constituent des groupes, vecteurs d\u2019actions et d\u2019interactions culturelles. Qu\u2019il s\u2019agisse de jeu ou d\u2019art, l\u2019enjeu ne porte ni sur l\u2019utilit\u00e9, ni sur la productivit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9, mais bien sur la dimension intellectuelle, cr\u00e9ative et sociale qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re.<\/p>\n<p>Poursuivant cette dynamique, DMC participe en 2013 au festival Vent de Gr\u00e8ve, une f\u00eate populaire d\u00e9di\u00e9e aux cerfs-volants organis\u00e9e par l\u2019office de tourisme Lannion-Tr\u00e9gor-Communaut\u00e9 [4], pour lequel il con\u00e7oit le Flying Black Cow Cinema. Sur la longue plage de Saint-Efflam, o\u00f9 des cerfs-volants bigarr\u00e9s s\u2019agitent dans le vent, l\u2019artiste monte une tente marabout de couleur kaki surmont\u00e9e d\u2019une enseigne, qui accueille la diffusion de la vid\u00e9o qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9e durant l\u2019\u00e9t\u00e9 dans le Tr\u00e9gor costarmoricain. Intitul\u00e9e Le Dernier Vol [5], elle pr\u00e9sente des t\u00eates de vaches peintes en noir qui s\u2019envolent et passent furtivement devant les fl\u00e8ches des \u00e9glises de style Beaumanoir, dress\u00e9es dans le ciel et sculpt\u00e9es par le vent. Leurs apparitions sont film\u00e9es par l\u2019artiste et accompagn\u00e9es d\u2019une musique compos\u00e9e par Sylvain Beorchia.<\/p>\n<p>Flying Black Cow Cinema s\u2019inscrit dans l\u2019histoire d\u2019un m\u00e9dium. Le cin\u00e9ma, lieu de rassemblement, de partage d\u2019\u00e9motions et de culture, a quitt\u00e9 l\u2019animation foraine de ses d\u00e9buts pour s\u2019apparenter \u00e0 un spectacle dot\u00e9 de caract\u00e9ristiques propres. Invention majeure du XIXe si\u00e8cle dans le monde des loisirs, le cin\u00e9ma est \u00e0 la fois un langage, un lieu de projection et de diffusion, et donc de r\u00e9ception et de partage de l\u2019art.<\/p>\n<p>En 2014, invit\u00e9 \u00e0 la galerie du Dourven par Didier Lamand\u00e9, responsable de la programmation, David Michael Clarke d\u00e9cide d\u2019affirmer une des sp\u00e9cificit\u00e9s du centre d\u2019art, qu\u2019il d\u00e9finit comme l\u2019interface entre int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, le lieu o\u00f9 se croisent les diff\u00e9rents usagers du domaine. En effet, la pointe du Dourven est un domaine d\u00e9partemental, une presqu\u2019\u00eele situ\u00e9e en Bretagne, dans les C\u00f4tes-d\u2019Armor. Elle est fr\u00e9quent\u00e9e par des randonneurs, des fl\u00e2neurs, des p\u00eacheurs ou des baigneurs; on y vient en famille ou entre amis afin de d\u00e9ambuler dans une carte postale, un arch\u00e9type de paysage romantique am\u00e9nag\u00e9 et constitu\u00e9 tel un d\u00e9cor par Louis Even, le premier propri\u00e9taire de la maison. Compte tenu de ce contexte paysager, l\u2019entr\u00e9e dans la galerie du Dourven rel\u00e8ve, pour nombre de visiteurs, d\u2019une extension de la promenade. L\u2019acc\u00e8s est libre et l\u2019on peut \u00e0 loisir profiter de la vue panoramique offerte par la v\u00e9randa et s\u2019immerger dans la cr\u00e9ation contemporaine. Les expositions pr\u00e9sent\u00e9es au centre d\u2019art s\u2019inscrivent dans ce contexte, le d\u00e9signent et l\u2019interrogent. L\u2019espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019art devient ainsi un espace de rencontre, que l\u2019artiste nomme Flying Black Cow Utopia Club.<\/p>\n<p>Tout comme les autres dispositifs relevant de cette s\u00e9rie, Flying Black Cow Utopia Club doit son nom \u00e0 un geste plastique r\u00e9alis\u00e9 par des manifestants dans la Mayenne et que l\u2019artiste emprunte puis r\u00e9active dans le champ de l\u2019art par le langage [6]. Ainsi nomm\u00e9, le club de DMC est identifi\u00e9 et existe dans le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Ces t\u00eates de vaches noires qui volent au gr\u00e9 du vent et retiennent l\u2019attention de l\u2019artiste sont en premier lieu le signe d\u2019un mouvement social, d\u2019une occupation collective de l\u2019espace public \u00e0 des fins d\u2019expression politique. La dimension utopique qui anime la d\u00e9mocratie d\u2019expression, d\u2019implication et d\u2019intervention qu\u2019est le mouvement social fait \u00e9cho \u00e0 la d\u00e9marche de DMC. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019utopie ne rel\u00e8ve pas de l\u2019irr\u00e9el ni du r\u00eave. Elle est le d\u00e9sir de ce qui nous habite et qui s\u2019insinue dans le politique. L\u2019art est l\u2019espace dans lequel il est possible d\u2019inventer ce qui manque. Il est le lieu de tous les possibles.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion de ses nombreuses visites au Dourven, David Michael Clarke remarque la fr\u00e9quentation r\u00e9guli\u00e8re du parc par des individus qui lui semblent, par leurs activit\u00e9s, former sans en avoir conscience des communaut\u00e9s. Il distingue cinq groupes qui, du fait des contraintes qui leur sont propres, ne fr\u00e9quentent pas l\u2019espace d\u2019exposition. Il s\u2019agit des mari\u00e9s et de leurs photographes, des p\u00eacheurs qui traversent le parc en fonction des horaires des mar\u00e9es, leurs cannes \u00e0 la main, des chiens et de leurs propri\u00e9taires, et des baigneurs qui ne quittent pas la plage. Le cinqui\u00e8me groupe, absurde s\u2019il en est, est celui des lapins qui, nombreux sur la pointe, attendent le calme de la nuit pour investir \u00e0 leur tour le territoire du Dourven. L\u2019artiste s\u2019amuse \u00e0 solliciter ces communaut\u00e9s fictives au sein de Flying Black Cow Utopia Club et \u00e0 partager avec elles une exp\u00e9rience artistique. DMC fait ainsi du Dourven un lieu dynamique. Le centre d\u2019art est trait\u00e9 comme un carrefour, le point de convergence des publics, des artistes ou de pratiques sociales, culturelles et artistiques.<\/p>\n<p>Sans hi\u00e9rarchie, les pratiques amateurs c\u00f4toient les pratiques professionnelles, les curieux c\u00f4toient les amateurs. Le centre d\u2019art est activ\u00e9 par David Michael Clarke comme espace social de l\u2019utopie, o\u00f9 l\u2019art se r\u00e9invente perp\u00e9tuellement. \u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019atelier, le lieu d\u2019exposition est un espace public, port\u00e9 par l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019enjeu de l\u2019exposition n\u2019est pas de simplement regarder des oeuvres mais de vivre l\u2019art, d\u2019instaurer un dialogue avec le personnel en charge du lieu, entre les visiteurs eux-m\u00eames et entre les artistes. Tel le lyc\u00e9e d\u2019Aristote, situ\u00e9 sur un lieu de promenade, le centre d\u2019art devient espace de la cit\u00e9 o\u00f9 la pens\u00e9e prend forme par la rencontre et l\u2019\u00e9change, avec pour support les situations propos\u00e9es par l\u2019artiste. Ces conversations nourries par les objets et les images pr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019exposition valorisent l\u2019exp\u00e9rience artistique, rendent tangible la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper des projets et de s\u2019approprier le d\u00e9sir d\u2019art.<\/p>\n<p>L\u2019exposition prend la forme d\u2019une mise en sc\u00e8ne o\u00f9 se m\u00ealent objets de design, r\u00e9f\u00e9rences populaires [7] et gestes artistiques [8]. David Michael Clarke amplifie ce qui caract\u00e9rise sa d\u00e9marche plastique selon quatre modalit\u00e9s : en cr\u00e9ant ou en invitant des artistes \u00e0 cr\u00e9er des oeuvres en relation avec le lieu [9], en r\u00e9activant des oeuvres de son propre r\u00e9pertoire ou celles d\u2019autres artistes [10], en empruntant des oeuvres \u00e0 d\u2019autres artistes ou \u00e0 des institutions [11] et en se permettant d\u2019intervenir sur des oeuvres emprunt\u00e9es avec l\u2019accord des artistes concern\u00e9s [12]. Cette pratique, qui ne rel\u00e8ve ni de la collaboration, ni de la citation, ni de l\u2019hommage, interroge la question de l\u2019auteur, le statut de l\u2019artiste ainsi que la nature d\u2019un tel projet et du lieu qui l\u2019accueille.<\/p>\n<p>Au moment du vernissage de Flying Black Cow Utopia Club, David Michael Clarke pr\u00e9sente un concert accompagn\u00e9 d\u2019Elina Bry et de Tristan Lef\u00e8vre. Les quatre morceaux de musique jou\u00e9s en public dans le parc du Dourven sont issus des moments partag\u00e9s avec ces deux \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019\u00e9cole des beaux-arts ESBA TALM Le Mans, stagiaires sur le montage de l\u2019exposition du Dourven. Le concert rend compte des modalit\u00e9s d\u2019implication que l\u2019artiste engage \u00e0 chaque rencontre. Les soir\u00e9es en g\u00eete, apr\u00e8s les journ\u00e9es de montage, s\u2019animent de discussions sur le projet au Dourven, sur l\u2019histoire du village de Piac\u00e9 et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur l\u2019art et sur la vie. Ces temps de partage artistique et humain deviennent des oeuvres. DMC \u00e9crit quatre textes pour lesquels il \u00e9voque Norbert B\u00e9zard et Le Corbusier, respectivement initiateur et cr\u00e9ateur du projet de Village radieux, Nicolas et Beno\u00eet H\u00e9risson, fondateurs de l\u2019association Piac\u00e9 le radieux [13], et les artistes et designers dont les oeuvres sont pr\u00e9sentes dans l\u2019espace public du village sarthois. Avec Elina et Tristan, DMC compose des m\u00e9lodies pour ce qui deviendra une repr\u00e9sentation publique le soir du vernissage, pr\u00e9mices du concert donn\u00e9 quelques semaines plus tard \u00e0 Piac\u00e9, dans le cadre de la 6e Quinzaine radieuse [14].<\/p>\n<p>Ce concert s\u2019inscrit dans l\u2019ensemble du processus artistique mis en oeuvre au Dourven. La musique n\u2019est pas l\u2019objet central de l\u2019\u00e9v\u00e9nement mais un \u00e9l\u00e9ment constitutif de l\u2019exposition, alors que le protocole est tout autre \u00e0 Piac\u00e9. Les trois jours de la Quinzaine radieuse sont notamment consacr\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sentation de pi\u00e8ces sonores et de performances sur une sc\u00e8ne d\u00e9di\u00e9e; la musique fait partie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement m\u00eame.<\/p>\n<p>Le dispositif propre au concert public influe sur l\u2019individualit\u00e9 de l\u2019auditeur. En instituant le partage des \u00e9motions, l\u2019exp\u00e9rience musicale collective neutralise les diff\u00e9rences sociales et culturelles entre les individus. Cette forme artistique repose \u00e0 la fois sur l\u2019individualisation et le partage, double processus mis en \u00e9vidence par Kant [15] o\u00f9 l\u2019autonomisation du go\u00fbt s\u2019associe \u00e0 sa communicabilit\u00e9. Ainsi propuls\u00e9e dans un espace public compos\u00e9 d\u2019individualit\u00e9s, l\u2019oeuvre devient potentiellement ind\u00e9termin\u00e9e, sans limite tangible [16].<\/p>\n<p>Int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s par DMC, Flying Black Cow Utopia Club souligne la constitution d\u2019une oeuvre d\u00e9clin\u00e9e en s\u00e9rie et structur\u00e9e par un titre g\u00e9n\u00e9rique, telle que l\u2019a d\u00e9finie \u00c9tienne Souriau [17]. \u00abR\u00e9alis\u00e9e par le m\u00eame artiste, une s\u00e9rie juxtapose sans ordre hi\u00e9rarchique divers \u00e9l\u00e9ments et situations constitutives de l\u2019oeuvre. [\u2026] Elle actualise des possibles et r\u00e9pudie la notion de chef-d\u2019oeuvre. Gouvern\u00e9s par les r\u00e8gles de la variation, r\u00e9gis par les principes d\u2019\u00e9quivalence, les termes, oeuvres singuli\u00e8res, articul\u00e9s dans la s\u00e9rie qu\u2019ils constituent, d\u00e9clinent les jeux subtils d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition qui engendre la diff\u00e9rence.\u00bb<\/p>\n<p>Chaque proposition pr\u00e9sent\u00e9e par David Michael Clarke est comme un point de condensation de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019art, \u00e0 la culture et aux pratiques populaires. Flying Black Cow Utopia Club et les autres \u00e9l\u00e9ments de la s\u00e9rie \u00e0 laquelle il appartient ne sacralisent pas les oeuvres, les objets ou les situations. L\u2019enjeu porte sur les relations que ces juxtapositions provoquent entre des individus, par les rencontres qui sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, les conversations qui ont lieu, les objets qui sont produits. DMC cr\u00e9e les conditions qui font de l\u2019art une exp\u00e9rience sociale partag\u00e9e qui s\u2019infiltre au sein du quotidien, ins\u00e9parable du r\u00e9el et du v\u00e9cu.<\/p>\n<p><strong>Sandra Flouriot<\/strong><\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p>[1] Aristote, Le Politique.<br \/>\n[2] \u00abAristote, pour lequel le mot Politikon \u00e9tait essentiellement un adjectif qualifiant l\u2019organisation de la polis [&#8230;] n\u2019a nullement voulu dire que tous les hommes \u00e9taient politiques ni qu\u2019il y avait du politique, c\u2019est-\u00e0-dire une polis, partout o\u00f9 vivaient les hommes. [&#8230;] Il voulait simplement dire qu\u2019il y a une particularit\u00e9 en l\u2019homme qui consiste en ce qu\u2019il peut vivre dans une polis et que l\u2019organisation de cette polis repr\u00e9sente la forme la plus haute de la communaut\u00e9 humaine.\u00bb<br \/>\nHannah Arendt, La politique a-t-elle encore un sens?, L\u2019Herne, 2007, p. 12-13.<br \/>\n[3] Les projets de Ferme et de Village radieux de Le Corbusier sont du m\u00eame ordre que celui de la Ville radieuse r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Marseille et \u00e0 Rez\u00e9. Ce programme, bas\u00e9 sur le concept \u00ab d\u2019unit\u00e9 \u00bb (unit\u00e9 d\u2019habitation, unit\u00e9 de loisirs, unit\u00e9 industrielle, unit\u00e9 d\u2019exploitation agricole ou unit\u00e9 rurale), rel\u00e8ve d\u2019une vision globale de l\u2019am\u00e9nagement du territoire et de la planification.<br \/>\n[4] Vent de Gr\u00e8ve est un festival hors saison estivale dont le but est de mettre en avant la beaut\u00e9 naturelle d\u2019un site et d\u2019une r\u00e9gion, et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ses habitants. Il est organis\u00e9 par l\u2019office de tourisme communautaire, partenaire r\u00e9gulier de la galerie du Dourven.<br \/>\n[5] En 2013, David Michael Clarke b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une r\u00e9sidence d\u2019artiste au sein du lyc\u00e9e F\u00e9lix Le Dantec de Lannion, en partenariat avec Itin\u00e9raires Bis pour la galerie du Dourven. De cette r\u00e9sidence na\u00eet le projet de r\u00e9aliser Le Dernier Vol.<br \/>\n[6] En 2012, en traversant la Mayenne, David Michael Clarke assiste \u00e0 une manifestation de paysans qui expriment leur col\u00e8re en \u00e9rigeant six potences auxquelles sont accroch\u00e9es des t\u00eates de vaches d\u00e9coup\u00e9es dans du carton noir. Comme des cerfs-volants, les t\u00eates volent dans les airs. David Michael Clarke prononce alors \u00e0 haute voix: \u00abWow! Flying Black Cows!\u00bb (\u00abWouah! Un vol de vaches noires!\u00bb).<br \/>\n[7] Flying Black Cow Utopia Club donne \u00e0 voir des comportements, des objets et des rituels comme envoyer des cartes postales, promener son chien, collectionner des objets, fabriquer son propre mobilier ou se marier&#8230;<br \/>\n[8] Diff\u00e9rentes disciplines artistiques sont pr\u00e9sent\u00e9es au sein de l\u2019exposition architecture, litt\u00e9rature, arts appliqu\u00e9s, arts plastiques, design et photographie;<br \/>\nainsi que diff\u00e9rents m\u00e9diums propres aux arts plastiques : performance, sculpture, photographie, vid\u00e9o, installation.<br \/>\n[9] Oeuvres cr\u00e9\u00e9es en relation avec le lieu : Wooden Tree, Rabbits &amp; Dogs, Fish Hotel, Unit\u00e9 d\u2019habitation pour les mari\u00e9s, Unit\u00e9s d\u2019habitation pour 24 lapins<br \/>\nde David Michael Clarke; \u00c9tag\u00e8re de Christelle Familiari; Collection Sam Moore d\u2019Anabelle Hulaut; Sans titre, tableau 1 de Guillaume Janot; Trame et dentelles de David Liaudet; Sorpressata et Fragile de Federica Peyrolo.<br \/>\n[10] R\u00e9activer des oeuvres: Les Photographies de mariage de Marie-Claire Blanschong; Don\u2019t Panic, DMC mariages 1969-1999, Sunset Montfarville France,<br \/>\nFlying Black Cow \u2013 l\u2019origine, Flying Black Cow Club et DMC Light de David Michael Clarke; Traffic Lights d\u2019Alastair MacLennan.<br \/>\n[11] Emprunter des oeuvres : Les Assiettes de Norbert B\u00e9zard; Saboosh et La VIP, Cuiller de p\u00eache de Fran\u00e7ois Curlet; Walking the Dogs de Francesco Finizio; Rabbit Generation de Jo\u00ebl Hubaut; La Cabane de Mlle Hulaut d\u2019Anabelle Hulaut et David M. Clarke; La Coupe de Paul Pouvreau; Tongs de Christophe Terlinden.<br \/>\n[12] Modifier des oeuvres: Carr\u00e9 central d\u2019Herv\u00e9 Beurel; Niche (La Ricarda) de Michel Fran\u00e7ois, chaise et fauteuils d\u2019Enzo Mari; Hoge Stoel de Gerrit Rietveld.<br \/>\n[13] Piac\u00e9 le radieux B\u00e9zard Le Corbusier est une association ayant pour objet l\u2019animation culturelle en milieu rural. Lieu de r\u00e9flexion et de recherche sur le territoire et le patrimoine local, l\u2019association est \u00e9galement un lieu de diffusion et de promotion de la cr\u00e9ation contemporaine. Elle inscrit ses actions dans les traces d\u2019un projet architectural que Le Corbusier (1887-1965) et Norbert B\u00e9zard (1896-1956) avaient \u00e9labor\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930 pour le village de Piac\u00e9: la Ferme radieuse et le Village coop\u00e9ratif.<br \/>\n[14] L\u2019association Piac\u00e9 le radieux B\u00e9zard Le Corbusier a pr\u00e9sent\u00e9 du 27 au 29 juin 2014 la 6e \u00e9dition de La Quinzaine radieuse: une \u00e9dition sp\u00e9ciale, qui proposait des concerts, des performances, une exposition d\u2019art contemporain (Commissariat pour un arbre, pr\u00e9sentant plus de cent nichoirs d\u2019artistes, designers et architectes), un tournoi de p\u00e9tanque et un workshop. Un programme \u00e9clectique, original et exp\u00e9rimental m\u00ealant les disciplines et investissant tout le village de Piac\u00e9 (Sarthe).<br \/>\n[15] Emmanuel Kant, Critique de la facult\u00e9 de juger [1790], Paris, Vrin, 1993, p. 75.<br \/>\n[16] David Ledent, \u00abL\u2019invention du concert, une r\u00e9volution du sens musical\u00bb, Appareil, no 1, 2008.<br \/>\n[17] \u00c9tienne Souriau, Vocabulaire d\u2019esth\u00e9tique, Paris, PUF, 2006, p. 1288.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\"><strong>Voir aussi:<\/strong><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-01\/\">Flying Black Cow Utopia Club (volet 1)<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.davidmichaelclarke.com\/fr\/flying-black-cow-utopia-club-volet-02\/\">Flying Black Cow Utopia Club (volet 2)<\/a><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Liens:<\/strong><br \/>\n<a href=\"https:\/\/piaceleradieux.com\">Piac\u00e9-le-Radieux<\/a><\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"ligne1\">&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de Sandra Flouriot sur les expostions, Flying Black Cow Utopia Club (volets 1 &amp; 2). 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